National Post - February 28, 2012
par Colin Kenny
Un article publié à la une du National Post la semaine dernière nous apprenait que le gouvernement du Canada envisage d'acheter quelques drones – peut être une demi douzaine – au moment où il commence à sentir la pression publique au sujet de sa décision d’acheter 65 avions de chasse F 35.
Les drones, ou les véhicules aériens sans pilote (UAV), sont des robots aériens utilisés pour surveiller ou attaquer. Les troupes canadiennes s’en servent pour surveiller les champs de bataille en Afghanistan; les Américains les utilisent, car ils sont rentables dans le maintien de leur suprématie militaire.
Si le gouvernement envisage sérieusement d’acheter des drones, je l’en félicite. Lorsque je siégeais à titre de président du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense, nous en avions recommandé l’utilisation pour assurer la défense des côtes du Canada. Les drones sont également incroyablement utiles pour sauver des vies sur les champs de bataille.
Au départ, l’achat de six drones armés similaires aux MQ 9 Reapers, qui sont actuellement utilisés en combat par les États Unis, serait intéressant, mais cela ne serait qu'un début. Je crois que le Canada utilisera plusieurs fois ce nombre de drones dans une dizaine d’années.
Cependant, il est illogique de penser que le gouvernement pourrait envisager de remplacer les avions de chasse par des drones. Les drones peuvent appuyer le travail des chasseurs, mais ils ne peuvent pas les remplacer. Les drones pourront probablement faire un jour tout ce que les avions de chasse font aujourd'hui. Mais cela n’est pas pour demain, et certainement pas avant le retrait de notre flotte âgée de F 18.
Nous aurons encore besoin de ces F 35, à moins que ces appareils – qui sont pour l’instant encore en développement – ne répondent pas aux attentes ou que leurs coûts passent de très chers à beaucoup trop chers. Que l’une ou l’autre de ces possibilités se produise, nous serons tout de même obligés d’acheter des avions de chasse d’un vendeur quelconque.
Les avions de chasse sont les éléments les plus puissants de la défense aérienne de tous les pays. Ils protègent notre espace aérien et nous permettent de participer aux missions alliées à l'étranger. Le Canada a déployé ses F 18 au Kosovo et en Libye, et il les déploiera de nouveau dans les prochaines décennies. On ne sait quand. On ne sait où. Mais nous savons tous que certaines situations exigeront des réponses rapides et drastiques et que nous aurons besoin de nos chasseurs.
Alors, si les avions de chasse d'un fabricant ou d'un autre coûtent cher, pourquoi acheter des drones armés?
Premièrement parce que la défense de nos côtes est et ouest est poreuse. Les forces maritimes du Canada – qui englobent la Marine royale du Canada, la GRC, Pêches et Océans Canada, la Garde côtière canadienne et nos deux satellites – assurent la surveillance côtière, les patrouilles et la détection et l’élimination des mines marines. Mais ces organisations ne disposent d’aucune image en temps réel de ce qui se passe. Elles ne peuvent que supposer ce qui se passe réellement au large, même si les navires qui s’approchent du Canada en provenance de ports étrangers doivent transmettre un avis de 48 heures.
Notre mécanisme de surveillance principal? Le vieil avion Aurora, dont l’entretien coûte cher et qui ne peut pas voler aussi longtemps que les drones. Le Canada est une cible ouverte pour tout navire qui arrive à se faufiler dans nos eaux – ceux qui sont utilisés pour la traite des personnes ou qui peuvent s’approcher et déposer des mines qui seront activées longtemps après leur départ.
Nous avons besoin d’une meilleure surveillance côtière. Les drones feraient un travail remarquable – ils peuvent identifier les bons et les méchants à 50 000 pieds dans les airs. Un drone armé serait capable d’immobiliser un navire en lançant une roquette dans sa proue.
Les drones armés sont l’avenir de la défense aérienne. Le Canada ne s’est pas empressé à en faire l’achat pour la mission en Afghanistan, mais après leur livraison, ils se sont révélés être un cadeau du ciel. Ils ont permis aux soldats canadiens en patrouille de voir ce qu’il y avait derrière des collines ou des détours, et d’éviter des embuscades.
L'avantage d'armer les drones est évident – le drone, non les soldats, est exposé aux dangers. Il est parfaitement logique d'acheter des drones et des avions de chasse, car les deux se complètent.
Nous ne voulons pas que nos chasseurs militaires perdent leur temps à surveiller les côtes, et nous ne pouvons pas les déployer chaque fois que les troupes canadiennes sont engagées dans des échanges de feu dans des endroits comme l'Afghanistan.
Les drones armés ont été critiqués après qu’ils ont été utilisés par le gouvernement des États Unis pour abattre des terroristes (et de malchanceux civils qui se trouvaient à proximité) à partir de centres de contrôle situés à des milliers de kilomètres.
Même les modèles non armés ont suscité la colère des militants des droits civils après que des évaluations ont indiqué que jusqu'à 30 000 drones pourraient survoler les États Unis d'ici à 2020 et surveiller les activités personnelles avec une précision ne pouvant être obtenue qu’à quelques pieds par la plupart des caméras.
Il est évident que l'utilisation de drones soulève des questions morales. Mais dans les décennies à venir, les drones joueront un rôle important dans la défense des intérêts de plusieurs pays.
Il serait prudent que le Canada commence à en acquérir – pour ensuite les utiliser avec prudence.
(Colin Kenny est l'ancien président du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. kennyco@sen.parl.gc.ca)