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La Stratégie nationale de construction navale : une entrave à nos flottes de l'Atlantique et du Pacifique

La Stratégie nationale de construction navale : une entrave à nos flottes de l'Atlantique et du Pacifique

Le Canada a de sérieux problèmes.

En 2014, le Canada a perdu ses deux derniers navires ravitailleurs : le NCSM Protector et le NCSM Preserver. Le premier à la suite d’un incendie et le second en raison d’une corrosion avancée. Par conséquent, au cours des trois dernières années, la Marine a été incapable de déployer efficacement une force opérationnelle et sa capacité à protéger nos côtes a été limitée.

La perte de ces deux navires ravitailleurs réduit les options de mission, restreint le rayon d'action des navires de guerre de la marine et érode les compétences. Sans capacité de réapprovisionnement et de ravitaillement, la Marine est incapable de faire ce que le gouvernement a besoin d’accomplir. Cela inclut la protection de nos exportations, la prévention de la contrebande, l'apport d’aide humanitaire et de secours en cas de catastrophes, l'application des lois nationales, la projection de la force canadienne et le soutien de nos alliés.

Une marine moins agile et moins puissante signifie que le gouvernement ne peut protéger efficacement le Canada, un pays fortement tributaire du commerce, contre les menaces en provenance du domaine maritime.

Après avoir perdu le Preserver et le Protecteur et après avoir été laissé sans solution alternative, même le sous-lieutenant le moins expérimenté de la Marine royale canadienne vous dira que le Canada a besoin de quatre navires ravitailleurs : deux sur chaque côte. Avoir quatre navires ravitailleurs fournit le tampon nécessaire pour l'entretien requis, la formation et les accidents imprévus afin qu'au moins un navire soit toujours disponible sur le Pacifique et l'Atlantique pour soutenir une force navale digne de ce nom.

Au printemps dernier, les comités de la défense du Sénat et de la Chambre des communes se sont penchés sur l'écart de capacité navale existant en ce qui concerne les navires de soutien interarmées et ont convenu à l'unanimité que cela devait être réglé - MAINTENANT.

Alors, comment notre gouvernement a-t-il réagi face à cette situation?

Location auprès d'autres pays

Sans nos propres ravitailleurs, le seul soulagement immédiat était de quêter à d’autres pays et de tenter de louer ce que nous avions perdu. Nous n’avons réussi à obtenir que des locations de 40 jours du Chili (Pacifique) en 2015 et de 40 jours de l'Espagne (Atlantique) en 2016. Ce soutien anémique en ravitaillement (80 sur 2190 jours opérationnels) a empêché le gouvernement de déployer un groupe opérationnel naval et de soutenir les opérations à l'étranger pendant la majeure partie des trois dernières années.

Construire de nouveaux navires de soutien interarmées

Seaspan, établi à Vancouver, attend un contrat pour la construction de deux navires de soutien interarmées, mais trois enjeux subsistent : le calendrier, les coûts et la conformité.

Calendrier: Le 7 novembre 2017, Andy Smith, sous-commissaire de la Garde côtière canadienne, a confirmé devant un comité parlementaire que Seaspan ne terminerait pas ses quatre premiers navires pour la Garde côtière avant 2023, et seulement alors commencera la construction des navires de ravitaillement. Ces nouveaux navires ravitailleurs ne se joindront pas à la flotte fédérale avant 2026 et 2028, ce qui signifie que le Canada connaîtra dix autres années de risque sans que la marine puisse protéger efficacement les Canadiens.

Coûts: Le gouvernement a mis de côté 2,6 milliards de dollars pour les nouveaux navires de soutien interarmées, mais comme pour les navires de patrouille extracôtiers et de l'Arctique, il n'existe aucun mécanisme tel que les contrats à prix fixe pour contrôler les dépenses. Le Bureau du directeur parlementaire du budget, dont les estimations s'avèrent souvent meilleures que celles du gouvernement, a indiqué que les coûts seraient probablement aussi élevés que 4,13 milliards de dollars si les deux navires devaient être construits par Seaspan comme prévu. C'est un prix stupéfiant étant donné que la Davie vient de terminer la construction d'un navire plus performant pour le quart du prix et offre d'en construire d'autres avec des contrats à prix fixe.
Conformité: En plus de tout cela, Seaspan utilise un design allemand de plus 26 ans (pourquoi si vieux?) qui, présentement, ne répond pas aux normes d'interopérabilité de l'OTAN. Ils peuvent certainement trouver un design plus moderne qui respecte tous les accords de l'OTAN.

Location de navires ravitailleurs intérimaires

En 2015, le gouvernement a accepté une proposition de Davie, un chantier naval de la région de Québec, de fournir au Canada un navire ravitailleur, le MV Astérix, un navire de 26 000 tonnes qui répond à toutes les exigences du gouvernement, de la Marine et de l'OTAN.

Le gouvernement a choisi de louer le navire pendant cinq ans au coût de 650 millions de dollars, y compris les coûts d'exploitation tel que l'équipage, les frais portuaires, les permis et les assurances, plutôt que de l'acquérir pour 659 millions de dollars.

Dans les semaines à venir, l'Astérix se soumettra à une batterie de tests avec la Marine, mais ce n'est qu'un quart de la solution. La marine a besoin de quatre navires de soutien et non pas un seul, comme l'histoire l'a démontré.

Combler les lacunes de la capacité navale de manière responsable

Depuis l'implantation de la Stratégie nationale de construction navale, Davie est le premier chantier naval au Canada à livrer un navire à la Marine dans les délais et le budget prévus et sans aucune subvention, contrairement aux 500 millions de dollars accordés à Seaspan et Irving pour l’amélioration de leurs installations. Contre un prix fixe, le gouvernement pourrait acquérir de la Davie les quatre navires de ravitaillement dont la Marine a besoin pour les 2,6 milliards de dollars mis de côté, et avoir un navire ravitailleur sur chacune des deux côtes d'ici 2019 de même que les deux autres navires ravitailleurs trois ans plus tard.

C'est une meilleure option au lieu de dépenser deux fois plus pour deux navires avec un design vieux de 26 ans qui ne seront disponibles que dans dix ans.

De plus, il y a un véritable manque de capacités qui crée un risque sécuritaire inacceptable pour les Canadiens. La réalité choquante est que le ministre de la Défense n'a pas réussi à trouver une solution afin d’éviter que les deux flottes de l'Atlantique et du Pacifique ne soient dysfonctionnelles pour les dix prochaines années à cause d’une incapacité de réapprovisionnement chronique et d’une absence d’un plan de secours. 

Le gouvernement doit prendre des mesures décisives et faire construire les trois prochains navires ravitailleurs au chantier naval de Davie et permettre à Seaspan de poursuivre la construction brise-glace de classe polaire pour la Garde côtière canadienne. Cela protégera les emplois de Seaspan tout en offrant au Canada la capacité de réapprovisionner efficacement sa flotte navale au cours des 40 prochaines années. De plus, cela permettra aux contribuables d'économiser des milliards de dollars et de réduire les risques pour les Canadiens en veillant à ce que la Marine dispose des navires ravitailleurs dont elle a besoin le plus rapidement possible.

Si le ministre faisait son travail, il présenterait un plan semblable à celui-ci au Cabinet avant que le Parlement ne reprenne ses travaux plus tard ce mois-ci.