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Plus d’argent plutôt que de nouvelles lois

Victoria Times-Colonist - November 10, 2014

Nationalnewswatch.com - November 11, 2014

Windsor Star - November 12, 2014

Montreal Gazette - November 12, 2014

Calgary Herald - November 13, 2014

Huffington Post - November 14, 2014

Charlottetown Guardian - November 17, 2014

Trilateral Commission "In the News"

 

par Colin Kenny

À la suite des tragiques événements survenus à Ottawa et à Saint Jean sur Richelieu, le gouvernement Harper cherche à accroître les pouvoirs des organismes de sécurité nationale afin de combattre le terrorisme.

Toutefois, le plus grand défi de nos responsables de la sécurité, ce n’est pas le manque de pouvoirs. Ils en ont déjà beaucoup. Le problème, c’est le manque de fonds.

Depuis des années, le gouvernement Harper sabre le budget de la sécurité nationale et nous commençons maintenant à en subir les conséquences.

Notre vulnérabilité au terrorisme nous ayant été révélée que tout récemment, le premier ministre place nos responsables de la sécurité nationale dans une situation précaire. Il leur demande de prendre toutes les mesures nécessaires pour bloquer le prochain attentat, mais avec des fonds nettement réduits. Par conséquent, ils sont contraints de combler les lacunes avec des ressources limitées.

Il y a tout juste deux ans, les dépenses du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ont été amputées, passant de 540 millions de dollars en 2012 à 496 millions de dollars l’année suivante.

Cette année, le budget de la GRC est estimé à 2,63 milliards de dollars, ce qui représente un recul de 5 % par rapport à l’année dernière et de 15 % par rapport au budget d’il y a quatre ans.

Mes collègues du Sénat et moi-même avons récemment eu l’occasion de demander aux représentants de la GRC et du SCRS comment ils comptaient répondre aux nouvelles demandes du gouvernement quant à la lutte au terrorisme en dépit des coupes.

Le directeur adjoint des opérations au SCRS, Jeff Yaworski, nous a répondu que le manque de financement forçait son organisme à faire des sacrifices. En parlant de la surveillance des personnes à haut risque, il a déclaré : « Je serais déraisonnable si je disais que nous parons à toute éventualité. »

Le commissaire de la GRC, Bob Paulson, a affirmé que son organisme souffrait également des pressions financières. « Nous faisons notre possible avec les ressources que nous avons », a-t-il dit. Cela nécessite entre autres de transférer des ressources d’autres secteurs de l’organisme, comme ceux qui s’occupent du crime organisé.

Laissez-moi vous traduire tout ce langage bureaucratique : il y a encore des cibles terroristes à poursuivre, mais il faut de l’argent.

Le SCRS ne devrait jamais être placé dans une situation où il doit rationner à ce point les ressources nécessaires à la surveillance. L’agresseur de Saint Jean sur Richelieu, Martin Couture-Rouleau, se trouvait sur la liste des personnes à haut risque de la GRC sans toutefois faire l’objet d’une surveillance au moment où il a posé son geste. Si le SCRS n’avait pas subi les compressions de M. Harper, peut-être qu’il aurait été surveillé.

Non seulement ce triste état de choses compromet la lutte antiterroriste au Canada, mais il nous rend aussi plus vulnérables à d’autres types de menaces. Ce n’est vraiment pas l’attitude qu’on est en droit d’attendre d’un gouvernement qui dit vouloir réprimer la criminalité.

Attendre qu’un attentat se soit produit pour transférer à la lutte antiterrorisme de nombreux agents de la GRC habituellement occupés à d’autres tâches est loin d’être idéal. Il faut des années, des décennies selon certains, pour former efficacement un agent à la lutte antiterroriste. En revanche, la perte de capacités de la GRC dans les secteurs touchés par les transferts de personnel, elle, est immédiate.

Voilà qui est particulièrement inquiétant, étant donné que les secteurs touchés composent avec des menaces tout aussi sérieuses pour la sécurité des Canadiens. Le crime organisé, si on le laisse s’épanouir, peut être aussi destructeur que le terrorisme, sinon plus. Avec moins d’agents à leur trousse, les gangsters et les escrocs auront la partie belle.

Comparativement aux fonds qu’ils reçoivent déjà, les sommes dont les organismes de sécurité nationale auraient besoin pour mieux contrer la menace terroriste sont importantes, mais pas déraisonnables.

L’une des responsabilités les plus pressantes du SCRS et de la GRC est la surveillance. Cette activité exige énormément de ressources, car il faut environ 32 personnes pour suivre discrètement un suspect nuit et jour pendant une période prolongée. Le coût en personnel expérimenté, y compris les salaires, l’équipement et les coûts administratifs, s’élève à quelque 150 000 $ par année. Ainsi, pour que le SCRS et la GRC puissent ensemble suivre 100 personnes à haut risque, il faudrait hausser d’environ 240 millions de dollars le budget de chacun des organismes.

Il s’agit donc d’une augmentation de quelque 10 % du budget de la GRC et d’environ 50 % de celui du SCRS, ce qui est loin d’être déraisonnable étant donné que nous sommes aujourd’hui en conflit avec des terroristes au Moyen Orient.

Si le gouvernement Harper tient véritablement à garantir notre sécurité, il doit cesser de forcer nos responsables de la sécurité nationale à gratter les fonds de tiroirs.

Pour que les Canadiens soient aussi bien protégés que possible contre les menaces, il faut y mettre le prix. Mais la dépense vaut son pesant d'or.

[Colin Kenny a présidé le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. Kennyco@sen.parl.gc.ca]