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La caméra peut être la meilleure amie du policier

Ottawa Citizen - le 12 novembre 2013

Huffington Post - le 13 novembre 2013

par Colin Kenny

L’ombudsman de l’Ontario, André Marin, qui participe à une enquête sur le recours à la force policière dans la province, a critiqué récemment le chef de la police d’Ottawa, Charles Bordeleau.

M. Marin a deux grands motifs de plainte – le premier est que Bordeleau ne s’est pas montré très disposé à discuter des façons dont la police pouvait désamorcer un conflit potentiellement violent avec le public, et le deuxième est que le service de police d’Ottawa a renoncé aux caméras dans les cas d’utilisation d’armes électriques comme le Taser.

En ce qui concerne le désamorçage des conflits violents, M. Bordeleau et le président de l’Association de la police d’Ottawa, Matt Skof, ont tous deux affirmé que leur service n’a pas besoin de reprendre des discussions sur le sujet puisqu’il en parle constamment.

J’ai examiné pour la première fois l’idée de doter les policiers de patrouille de caméras il y a près de quatre ans, lorsque six sénateurs libéraux ont produit un document sur la GRC intitulé Toward a Red Serge Revival. Je suis revenu sur la question au mois d’août, lorsque le gouvernement de l’Ontario a annoncé qu’il cesserait de restreindre l’utilisation du Taser aux officiers supérieurs et aux unités spéciales. Depuis, j’ai consacré un temps considérable à examiner la question du Taser et des caméras; j’ai notamment eu des discussions approfondies avec les agents et chefs de police de Toronto, de Calgary, d’Edmonton et de Victoria. Bien sûr, tous les services de police ne s’entendent pas sur l’utilisation simultanée du Taser et de la caméra. La question doit faire l’objet de débats, et des arguments crédibles ont été avancés pour préciser dans quelles situations utiliser – ou non – la caméra.

J’ai entendu bien des propos, mais jamais personne ne s’est prononcé en faveur du refus – par un service de police canadien – d’utiliser la caméra dans des situations où le Taser est en cause et où il y a un potentiel de violence.

Bien des preuves ont montré que le Taser est parfois mal utilisé par les policiers; il suffit de penser à la mort de Robert Dziekanski à l’aéroport de Vancouver. La police et le public ont tous deux besoin de toute l’aide nécessaire pour éviter que de telles situations ne se reproduisent.

L’utilisation de caméras est avantageuse tant pour le public que pour la police. Une étude réalisée par un agent du service de police de Rialto, en Californie, a démontré que dans l’année suivant le recours à des caméras individuelles, le nombre de plaintes déposées contre des policiers de la ville a chuté de 88 p. cent.

Par ailleurs, l’utilisation de la force par les policiers a chuté de 59 p. cent. Lorsqu’un policier sait qu’il porte une caméra, il a tendance à mieux agir et à davantage suivre les règles, explique le chef de police de Rialto, William Farrar. Il ajoute que si un citoyen sait que l’agent de police porte une caméra, il est également plus susceptible d’agir correctement.

La chose à retenir est que de très nombreux citoyens utilisent leur propre caméra pour filmer les policiers lorsqu’il y a des affrontements. Sur quelle preuve un policier responsable préfère-t-il compter? La sienne? Préfère-t-il la preuve recueillie par quelqu’un d’autre pour des motifs peut-être très éloignés de la justice et du bien commun?

S’il advenait qu’on autorise des policiers peu expérimentés à utiliser le Taser, je recommanderais fortement l’adoption des trois mesures de sécurité suivantes.

Premièrement, veiller à ce que le Taser ne soit utilisé que s’il y a surveillance audio et vidéo. Il existe plusieurs appareils d’enregistrement – certains s’attachent au Taser et d’autres, aux vêtements du policier. Les différents services de police en expérimentent actuellement l’utilisation.

En deuxième lieu, établir des normes de formation applicables à tous les services de police de la province qui obligeraient les policiers utilisant le Taser à obtenir une nouvelle certification chaque année.

Le Taser en effraie certains; utilisées correctement, ces armes constituent toutefois une bonne solution de rechange aux armes à feu. Mais personne ne souhaite que le Taser prime lorsque des méthodes plus douces suffiraient à régler un problème. Une bonne formation encouragera les policiers à réfléchir à la résolution non violente des conflits. Plus la police d’Ottawa participera aux discussions sur le sujet, y compris des discussions avec M. Marin, mieux elle se portera.

La troisième mesure est simple. Faire l’achat de Tasers et de caméras modernes, offrir davantage de formation et accroître la capacité informatique pour que les policiers puissent – de retour à leur poste –  vérifier si ce qu’ils voient sur l’enregistrement vidéo correspond à leur rapport. Cette mesure aura des coûts, mais on économisera ailleurs dans le système justice puisqu’il y aura moins de plaintes grâce aux enregistrements et qu’on passera moins de temps devant les tribunaux. Ces économies qui surviennent en aval devraient être versées directement aux services de police, qui ont besoin de fonds et qui devront assumer une hausse immédiate de leurs dépenses.

Il est difficile de convaincre les gouvernements d’investir maintenant pour économiser plus tard. Mais sans cet investissement, le Taser continuera d’être utilisé trop promptement, ce qui alimentera la perception que cette arme est l’ennemie du bien public. Si on effectue les bons investissements, le Taser sera l’ami autant du public que du policier. 

[Colin Kenny est l’ancien président du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense. kennyco@sen.parl.gc.ca]