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Les piètres pratiques gouvernementales en matière d’approvisionnement : une menace pour la défense du Canada

Victoria Times-Colonist - le 19 octobre 2013

Calgary Herald - le 22 octobre 2013

Montreal Gazette - le 25 octobre 2013

Huffington Post - le 5 novembre 2013

par Colin Kenny

Les libéraux qui ont précédé le gouvernement de M. Harper avaient été accusés – à juste titre – d’indifférence à l’égard de l’armée canadienne, dont le budget a été amputé dans les années 1990 pour lutter contre le déficit. Chose surprenante, le gouvernement actuel suit exactement la même voie, quoique de façon camouflée. À moins qu’il soit tout simplement incapable de gérer l’approvisionnement militaire.

Le 30 août 2013, pendant des exercices de manœuvre dans le Pacifique, il y a eu collision entre le NCSM Algonquin – un destroyer – et le NCSM Protecteur – un navire d’approvisionnement.

Cette collision a marqué un point tournant et montré qu’un simple accident risquait d’anéantir la défense déjà faible du Canada dans le Pacifique. Mais surtout, cela a montré à quel point la Marine s’est amenuisée au fil des derniers gouvernements et à quel point les Canadiens sont vulnérables en raison de leur faiblesse militaire. 

Jusqu’à ce que l’Algonquin soit réparé, le Canada n’aura que deux destroyers, et aucun des deux ne se trouve sur la côte du Pacifique. Nous n’aurons donc aucun navire en mesure de défendre les quelques autres navires en cas d’attaque aérienne, ce qui représente la grande mission des destroyers.

Cela prive également soudainement le Canada de toute capacité de commandement et contrôle dans le Pacifique, capacité qui lui permettrait de diriger les navires de façon coordonnée. Sans cette capacité, la seule chose que nos frégates puissent faire est de tenter de tirer leur épingle du jeu; les États-Unis et d’autres pays ont quant à eux accordé à cet aspect une importance beaucoup plus grande dans les dernières années.

C’est le scénario qui se produit lorsqu’un gouvernement prétend qu’il peut assurer la défense de ses côtes grâce à une minuscule flotte, en positionnant un destroyer et un sous marin ici et là – et un navire d’approvisionnement pas trop loin – tout en espérant qu’aucun incident ne se produise et qu’aucun des navires ne nécessite de réparations, des réparations pourtant toujours nécessaires à un moment ou à un autre.

Alors que la Chine, l’Inde, les États Unis et l’Australie renforcent leur présence dans le Pacifique, le Canada ne possède qu’un sous marin et cinq frégates pour garder ses côtes; encore là, les cinq frégates ne sont pas réellement disponibles, puisque la Marine a lancé un programme de réparations qui n’est qu’à moitié terminé. Conséquence : d’ici 2017, il y aura toujours des frégates hors service.

Heureusement, le navire d’approvisionnement Protecteur n’a pas été aussi endommagé que l’Algonquin. Les navires d’approvisionnement – les pétroliers – sont essentiels à toute Marine puisqu’ils permettent aux navires de guerre de fonctionner au maximum de leur capacité sans crainte de manquer de carburant. Le Canada ne possède qu’un navire d’approvisionnement pour ses deux côtes – nous devrions pourtant en posséder deux pour chacune des côtes pour assurer du renfort.

Les deux navires d’approvisionnement du Canada auraient dû être remplacés il y a bien des années. Nous en avions autrefois trois. L’un d’eux était dans un état tel qu’il a fallu l’éliminer. Le gouvernement actuel aurait dû prévoir de l’argent pour l’achat de quatre nouveaux navires. Il a plutôt annoncé qu’il remplacerait les pétroliers par trois navires de soutien interarmées. Mais même pour ce projet, le budget du gouvernement n’était pas suffisant. Au final, il a simplement remplacé les deux pétroliers.

Différentes propositions de plans ont été présentées par des sociétés allemandes, espagnoles et canadiennes au cours des trois années qui ont suivi; le gouvernement les a toutes rejetées. Ce dernier a ensuite offert 9,8 millions de dollars à une société canadienne pour que celle-ci produise des plans – également rejetés – pour finalement opter pour les plans allemands.   En attendant, la préoccupation du premier ministre à l’égard du Nord canadien – où la menace militaire est bien faible – a poussé le gouvernement à dépenser 3,1 milliards de dollars pour se doter d’une flotte de navires de patrouilles extracôtiers et de l’Arctique. Malheureusement, une société d’experts conseils a jugé que le coût de la « définition du contrat », effectuée par Irving Shipbuilding, à Halifax, s’est élevé à un chiffre alarmant. Cela n’a toutefois rien de surprenant, étant donné qu’Irving n’a rien construit du genre depuis plus de 30 ans.

Une seule page ne suffirait pas à consigner le trop grand nombre de cas de gestion budgétaire inadéquate et de processus d’approvisionnement déficitaires du gouvernement. Des préoccupations ont été soulevées à l’égard du financement et des retards d’approvisionnement dans le domaine de l’équipement militaire : les F 35, les hélicoptères maritimes Cyclone, les aéronefs de recherche et sauvetage, les camions d’armée, etc.

Les failles de nos défenses militaires se multiplient, et le Canada deviendra une cible vulnérable bien avant le départ du gouvernement actuel. Il s’agit peut-être d’une bonne stratégie politique, étant donné que la plupart des Canadiens ne se préoccupent pas de ces questions. Pour ce qui est de la saine gestion de la capacité du Canada à se défendre et à défendre les intérêts de ses citoyens, c’est une autre histoire.

[Colin Kenny est l’ancien président du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense. kennyco@sen.parl.gc.ca]