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Le système canadien de recherche et sauvetage a désespérément besoin d’être secouru

National Post - June 12, 2012

Par Colin Kenny

Que le gouvernement accorde si peu d’importance aux opérations de recherche et sauvetage dans un pays aussi vaste et rude que le nôtre dépasse l’entendement.

À preuve, les deux documents accablants que j’ai reçus ces dernières semaines.

Le premier est une lettre du capitaine (à la retraite) Hubert Degagnés, un porte-parole du Comité Sauvons le Centre de Sauvetage Maritime de Québec. En juin dernier, m’expliquait le capitaine Degagnés, le ministre des Pêches et des Océans, Keith Ashfield, a annoncé la fermeture des centres secondaires de sauvetage maritime de Québec et de St. John’s et le déplacement de leurs opérations vers les centres conjoints de coordination de sauvetage d’Halifax et de Trenton. Cette restructuration, selon les dires du ministre, allait permettre d’économiser un million de dollars. 

Les centres qui seront fermés avaient ouvert leurs portes en 1976, après que deux touristes français ont disparu au large des côtes de Gaspé. Il a alors été établi que l’incapacité de mener des opérations de recherche et sauvetage en français avait nui aux recherches. Et maintenant, ces centres sont fermés pour n’économiser qu’une infime partie de notre budget militaire.

Leur fermeture implique que la présence d’un opérateur francophone à Halifax ou à Trenton relèvera du hasard, sans compter que ces deux centres sont si dépourvus de personnel qu’ils n’ont pas d’équipes régulières la nuit ou les fins de semaine. Ceux qui naviguent dans les eaux du golfe et du Saint-Laurent sont nombreux à ne parler que le français. On n’a plus qu’à leur souhaiter bonne chance…

Le deuxième document dont je voulais vous faire part est un document de travail produit par Stephen Reid, un ancien membre des Forces canadiennes qui s’apprêtait à faire son entrée au Collège d’état-major et de commandement lorsqu’il a reçu une offre d’emploi d’une entreprise privée qu’il ne pouvait pas refuser. Il y a quelques mois, avant de quitter les Forces, M. Reid a rédigé une analyse approfondie des capacités du Canada en matière de recherche et sauvetage, que vous pouvez consulter dans mon site Internet (www.colinkenny.ca).

Voici en bref certaines de ses conclusions :

• Il n’y a que trois bases de recherche et sauvetage au Canada, alors qu’il devrait y en avoir quatre, comme c’était prévu au départ.

• Les hélicoptères Cormorant, avec leurs dispositifs de vision nocturne et autres dispositifs ultramodernes, sont idéals pour effectuer des opérations de recherche et sauvetage, mais ils requièrent beaucoup plus d’entretien que ce qui était estimé au départ. Comme le plan initial d’en acheter 20 a été revu à la baisse pour économiser, il n’y en a que 14 (15 ont été achetés, un s’est écrasé). Des 14 hélicoptères dont nous disposons, il est rare que plus de sept soient disponibles pour intervenir d’un bout à l’autre du pays en cas de crises, à cause des impératifs d’entretien et d’entraînement du personnel.

• À l’achat des hélicoptères, on a aussi décidé d’économiser en ne les traitant pas contre la rouille. Comme ces appareils sont principalement utilisés dans des régions côtières, cette décision a entraîné de graves problèmes d’entretien.

• Les équipages des hélicoptères de recherche et sauvetage doivent posséder une gamme impressionnante de compétences, mais leur entraînement et leur formation souffrent du manque de ressources et des nombreux départs d’employés attirés par le secteur privé.

• Les centres de recherche et de sauvetage manquent d’effectifs, mais les intervenants vont au bout de leurs limites et augmentent continuellement la cadence parce que « personne ne veut être le maillon faible qui risque de faire échouer la mission ».

• Aucun organisme n’est responsable à lui seul de la coordination des opérations de recherche et sauvetage, si bien que la hiérarchie militaire a tendance à traiter les problèmes relatifs à ces missions comme accessoires.

• Le système informatique qui coordonne les interventions des équipes de recherche et sauvetage suite aux appels de détresse est « fragile et au bord de l’obsolescence ».

• Dans les trois centres conjoints de coordination de sauvetage, il y a un coordonnateur chargé des opérations de recherche et sauvetage aéronautiques, et un autre qui est chargé des opérations maritimes. Aucun coordonnateur n’est chargé des opérations au sol, sur les fleuves ou les rivières, ou sur les banquises. Malheureusement, il n’y a en général qu’un ou deux hélicoptères Cormorant d’opérationnels à chaque centre. Les Forces canadiennes donnent la priorité aux opérations aéronautiques et maritimes plutôt qu’aux opérations de recherche au sol, qui relèvent des compétences provinciales et territoriales.

La plupart des failles décrites sont scandaleuses. Pas étonnant que Burton Winters, un adolescent de 14 ans, soit mort de froid sur la côte nord de Terre Neuve il y a deux mois, et ce, même après un appel désespéré au centre conjoint de coordination de sauvetage d’Halifax demandant l’envoi d’un aéronef pour aider à le retrouver.

Le centre a répondu qu’aucun appareil n’était disponible – ceux-ci étant soit en réparation, soit gardés en réserve au cas où un accident se produirait en mer – ce qui est de compétence fédérale.

C’est inadmissible. Les Forces canadiennes viennent en aide aux civils lors de catastrophes comme des inondations ou des tempêtes de verglas. Les Canadiens n’en attendent pas moins de leurs militaires.

Des opérations de recherche et sauvetage sont régulièrement déclenchées en cas de catastrophes. Le gouvernement actuel s’est prétendument doté d’une philosophie du « Canada d’abord » relativement au mandat des Forces canadiennes. Qu’est-ce qui pourrait mieux répondre à la notion de « Canada d’abord » que de mettre en place les ressources et les systèmes permettant de répondre aux appels de détresse lancés lorsque des vies sont en danger? Certainement pas les balayer du revers de la main faute de ressources où pour des raisons de compétence.

Le système national de recherche et sauvetage est défaillant. Dans son exposé de position, M. Reid dresse un réquisitoire accablant et réclame ce qui, en ce moment, fait cruellement défaut au gouvernement : le sentiment d’urgence lorsqu’il faut porter secours aux Canadiens en détresse.

[Colin Kenny est l’ancien président du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. kennyco@sen.parl.gc.ca]