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Des avions de combat pour assurer notre avenir : Il est temps d’adhérer au contrat de F-35

Esprit de Corps - juillet 2010

Par Colin Kenny

 

Lorsque nous achetons des équipements militaires, un processus d’appel d’offres concurrentiel, ouvert et transparent est la meilleure façon d’obtenir une meilleure qualité pour notre argent. Sauf quand ça ne l’est pas. À cet égard, quand il s’agit de mettre à jour notre flotte vieillissante de chasseurs CF-18, ce n’est certes pas le cas.

Le gouvernement Harper devrait tout simplement renoncer à lancer un appel d’offres et s’engager à acheter 65 avions d’attaque interarmées F-35 à Lockheed-Martin dans le cadre d’un consortium avec ses alliés. Si l’on se fie à des documents ayant fait l’objet d’une fuite, obtenus par Daniel Leblanc du Globe and Mail, c’est l’intention du gouvernement, peu importe ce que celui-ci affirme.

En tant que sénateur libéral qui a toujours été fier de critiquer tant les gouvernements libéraux que les conservateurs parce qu’ils prennent des décisions militaires stupides, je serais heureux de réprimander les conservateurs de l’intention qu’on leur prête d’attribuer à un fournisseur exclusif cet énorme contrat (de l’ordre de 9 milliards de dollars par avion et de 7 milliards pour l’entretien de cet avion pendant 20 ans).

Mais je ne peux le faire. Même les bourdes qu’a faites le ministre de la Défense, Peter MacKay, aux Communes le mois dernier, lorsqu’il a promis un processus d’achat concurrentiel, ne peuvent me redonner du tonus. Soit que M. MacKay racontait des bobards, soit qu’il ne connaissait pas bien la question, car, selon les documents obtenus par le Globe, le ministère de la Défense nationale a obtenu un avis juridique selon lequel un appel d’offres n’est pas nécessaire parce qu’une seule société offre un produit qui répond à nos exigences opérationnelles et à notre besoin d’interopérabilité avec nos alliés. Alors, il n’y aura pas d’appel d’offres.

Les avantages d’un processus concurrentiel sont évidents. La possibilité d’obtenir les meilleurs appareils au meilleur prix s’en trouve accrue. En outre, l’entreprise retenue est celle qui promet d’avoir le plus de retombées pour le secteur aéronautique et les industries connexes du pays.

Cependant, dans le cas qui nous intéresse, nous savons déjà que les F-35 – les seuls avions de combat de cinquième génération sur le marché – sont le meilleur produit possible. En 2001, les Américains, qui seront de loin le principal acheteur de F-35, ont lancé un appel d’offres et déterminé que les F-35 étaient de loin supérieurs aux Hornet de Boeing, la version d’avions de combat que nous utilisons à l’heure actuelle.

Quant au prix, je ne crois pas les porte-parole de l’opposition, qui soutiennent que Lockheed-Martin nous saignera à blanc lorsqu’il déterminera que nous n’allons pas lancer d’appel d’offres pour ce contrat. Le processus de mise au point des F-35 est en place depuis de nombreuses années et met en cause de nombreux pays. Les États-Unis, en tant que fournisseur principal du consortium, achèteront plus de 2 000 avions. Ils seront secondés par la Grande-Bretagne, la Norvège, le Danemark et l’Australie, les trois derniers étant à notre niveau dans le consortium, c’est-à-dire au palier trois.

Avec tous ces pays concernés, un seul pays va-t-il être saigné à blanc lorsqu’il sait ce que les autres paient? Cela n’a pas de bon sens.

Quant aux retombées industrielles, en général, chaque pays participe au contrat proportionnellement à son investissement, soit, dans notre cas, pour 9 milliards de dollars. Néanmoins, selon l’Association des industries aérospatiales du Canada, même si nous n’avons pas signé l’accord d’achat des avions, contrairement à certains autres pays, nous avons déjà reçu 350 millions de dollars en contrats de développement et de production pour un investissement se situant à ce jour entre 150 millions et 160 millions.

Cela semble indiquer que nos industries ont ce qu’il leur faut pour entreprendre la mise au point des F-35. J’ai entendu dire qu’il y avait des possibilités d’un maximum de 12 milliards de dollars en travaux supplémentaires, soit plus que les possibilités habituelles, de 100 pour cent.

Nous risquons de retomber dans notre rôle historique de bûcherons et de porteurs d’eau, tous les progrès technologiques étant réalisés par des pays comme l’Inde et la Chine. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du terrain dans l’industrie aérospatiale. Notre adhésion à ce contrat nous permettra de créer des emplois et des débouchés dans ce secteur et dans les industries connexes.

En plus de tout cela, l’achat des F-35 nous permettra de maximiser notre interopérabilité avec nos alliés. Ses détracteurs ont laissé entendre que nous ne devrions pas permettre aux Américains de faire pression sur nous à l’égard de notre achat de matériel militaire. Ce n’est pas ce qui se passe, et là n’est pas la question. Il s’agira d’une initiative conjointe avec nos alliés. Nous travaillerons ensemble à ce contrat, tout comme nous travaillerons ensemble pendant de nombreuses années à défendre nos intérêts communs dans le monde.

Quant aux Canadiens qui considèrent que nous devrions transformer nos épées en socs et dépenser ces milliards pour quelque chose de mieux que des avions de combat, je n’ai qu’un mot pour résumer ma pensée : souveraineté. Des pays comme la Norvège et le Danemark ne sont pas exactement belliqueux, mais ils sont assez intelligents pour se préparer à quoi que ce soit qui menace leurs frontières et leurs valeurs fondamentales. Nous aussi.

Sénateur Colin Kenny, ancien président du Comité sénatorial de la Sécurité nationale et de la défense. kennyco@sen.parl.gc.ca