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Vouons respect à nos blessés comme à nos morts

Ottawa Citizen- Le 11 novembre 2009


Par Colin Kenny

Le jour du Souvenir, les Canadiens auront une pensée pour les familles de ceux qui sont décédés au champ de bataille au fil des ans, en particulier ces dernières années en Afghanistan. Mais le jour du Souvenir est également l’occasion de rendre hommage aux jeunes hommes et aux jeunes femmes qui sont revenus de guerre gravement blessés.

La majorité des Canadiens sait fort bien que 132 compatriotes ont perdu la vie en Afghanistan. Peut-être sont-ils moins nombreux à savoir que près de mille soldats canadiens ont été blessés et que, au tout dernier relevé, 180 d’entre eux avaient subi les plus graves blessures qui, selon la description qu’en donne le ministère des Anciens Combattants, englobent les amputations, les traumatismes crâniens graves et les blessures psychologiques complexes. Le nombre de soldats blessés pourrait augmenter. Les blessures psychologiques peuvent parfois se manifester des mois, voire des années, après leur retour des combattants.

La souffrance qu’éprouvent les soldats blessés et leurs familles n’est pas simplement associée au traumatisme physique de la guérison et de la réadaptation. Le fait de rentrer au foyer avec des blessures physiques ou psychologiques nuit souvent aux relations avec les êtres chers, aux modes de vie établis et aux perspectives d’avenir sur le plan de la réussite financière. Les blessures graves saccagent souvent votre vie.

Le Canada a amélioré bon nombre de ses mesures d’indemnisation des anciens combattants ces dernières années en adoptant la nouvelle Charte des anciens combattants, mais d’autres mesures s’imposent.

Permettez-moi une analogie avec notre façon de rendre hommage aux soldats décédés.

Quand nous rendons hommage aux soldats décédés au combat, nous faisons fi du rang qu’ils occupaient. Nous savons que des milliers de lieutenants canadiens sont peut-être morts. Nous savons que davantage de simples soldats et de caporaux ont peut-être perdu la vie. Et nous leur rendons hommage sans penser le moins du monde au rang qu’ils pouvaient occuper en quittant leurs familles.

Nous traitons différemment les soldats blessés. À la fin de 2008, 969 soldats canadiens avaient été blessés en Afghanistan. De ce nombre, 404 l’ont été au combat et 565 ont subi des blessures qui ne sont pas rattachées au combat.

Si la liste des soldats qui ont perdu la vie en Afghanistan donne une quelconque indication, une grande proportion des soldats blessés se trouvaient au bas de l’échelle. Parmi les 132 militaires canadiens tués jusqu’ici en Afghanistan, 104 étaient de simples soldats, des caporaux ou des caporaux-chefs. La liste des blessés est indubitablement semblable.

Dans un autre ordre d’idées, le traitement de base d’un simple soldat dans les Forces canadiennes est de 31 488 dollars; celui d’un caporal s’élève à 52 920 dollars et le traitement le plus élevé pour un caporal-chef est de 58 200 dollars. Certains gagnent davantage, mais guère plus, s’ils sont techniciens spécialisés. Ce ne sont pas de gros salaires.

Le ministère des Anciens Combattants verse une indemnité pour perte de salaire aux anciens combattants qui ne peuvent se réadapter à cause de graves blessures, et ce, jusqu’à ce qu’ils aient 65 ans. Cette indemnité correspond à 75 p. 100 du salaire.

Combiné aux paiements forfaitaires accordés aux combattants qui quittent les Forces, ce montant peut paraître équitable. Mais à y regarder de près, je pense qu’il s’agit d’un traitement injuste. En premier lieu, pourquoi l’indemnité cesse-t-elle à 65 ans? Croit-on que la plupart de ces gens auront suffisamment d’argent pour investir dans un REER?

Et pourquoi l’indemnité est-elle imposable? Est-ce que notre pays est tellement à court d’argent qu’il faille imposer les soldats qui se sont fait massacrer pour nous?

Et puis, est-ce que 75 p. 100 suffisent réellement pour des gens dont le salaire, même indexé à l’inflation, est si peu élevé?

Comme la formule d’indemnisation est fondée sur un pourcentage du salaire que gagnaient les soldats, ceux qui se trouvaient au bas de l’échelle reçoivent moins toute leur vie durant.

 À mon avis, les jambes perdues d’un caporal ne devraient pas valoir un sou de moins que celles d’un sergent.

Quiconque a perdu un membre ou des facultés mentales sait pertinemment qu’aucune somme ne peut compenser les dommages. Mais à tout le moins, les soldats qui ont subi de graves blessures devaient recevoir la même indemnité, peu importe leur rang. Bon sang, le simple soldat âgé de 19 ans qui s’est fait éclater la cervelle dans l’explosion d’une bombe artisanale aurait fort bien pu devenir colonel un jour. Pourquoi punir ces gens de payer le prix incalculable qu’il leur est imposé dans leur jeunesse plutôt que s’ils étaient d’âge moyen?

Nous pouvons honorer nos morts, mais nous sommes impuissants à les ramener à la vie. C’est au-delà de nos forces en tant qu’êtres humains. Mais nous avons les moyens d’honorer nos soldats blessés en leur donnant à tous un ensemble d’avantages sociaux grâce auxquels ils pourront rebâtir leur vie et subvenir aux besoins de leur famille.


(Colin Kenny est président du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense. Kennyco@sen.parl.gc.ca)