27 février 2009 - The Beacon Herald
25 février 2009 - Calgary Herald
25 février 2009 - The Chronicle Herald
24 février 2009 - The Guelph Mercury
Par Colin Kenny
En politique internationale, vous êtes ce que vous faites. Si un pays ne fait pas grand-chose, personne ne s’y intéresse.
La République démocratique du Congo est, comme le Canada, un vaste pays aux ressources abondantes. Mais personne ne s’intéresse au Congo. Si c’était le cas, les puissances mondiales essaieraient beaucoup plus sérieusement d’y faire cesser le carnage.
Pourtant, le Canada intéressait les autres pays avant, mais cet intérêt ne cesse de décliner, parce que le pays agit de moins en moins sur la scène internationale.
Au cours des deux dernières semaines, deux personnages politiques importants – l’ancien premier ministre Joe Clark et l’ancien ministre des Affaires étrangères David Emerson – ont déploré la réputation internationale chancelante du Canada.
Chacun d’eux a donné ses explications sur notre déclin, et ils avaient tous deux raison en partie, mais ils ont manqué quelques points importants.
M. Emerson a dit que le Canada s’est peut-être centré de plus en plus sur les États-Unis à cause de la signature, en 1994, de l’Accord de libre-échange nord-américain. Par conséquent, disait-il, il a ignoré des pays à l’importance grandissante à l’échelle internationale, comme la Chine, le Brésil et l’Inde.
L’ALENA joue peut-être un petit rôle dans le repli grandissant du Canada sur lui-même, mais j’ai des doutes. Vingt-deux ans avant la signature de l’ALENA, le gouvernement Trudeau avait créé ce que l’on appelait « la Troisième option » – le gouvernement canadien devait faire tout en son pouvoir pour inciter notre milieu d’affaires à conclure des accords commerciaux avec des pays autres que le Canada et les États-Unis. La Troisième option n’a pas vraiment donné de résultats, et l’ALENA n’a fait qu’officialiser l’histoire d’amour entre le Canada et les États-Unis.
Dans le discours qu’il a prononcé le 14 février dans le cadre d’un groupe de discussion à Ottawa, M. Clark a déclaré que le gouvernement fédéral laissait le développement diplomatique et international du Canada se détériorer.
Il a raison. En 2007, le budget du Canada pour l’aide étrangère représentait un pitoyable 0,28 pour cent de son PIB, comparativement à l’objectif de 0,70 pour cent fixé 40 ans plus tôt par l’ancien premier ministre Lester B. Pearson. Quant aux talents diplomatiques dont jouissait auparavant le Canada, M. Clark a fait remarquer que le budget du ministère des Affaires étrangères a dégringolé de près de 18 pour cent entre 2007-2008 et 2008-2009 : « Nos moyens diplomatiques ont amorcé une chute aussi stable et certaine que celle du budget de la défense au cours des dernières décennies. »
M. Clark semble croire que le gouvernement actuel s’efforce beaucoup plus de renforcer la puissance militaire du pays que de servir le monde par la diplomatie et l’aide au développement. Il ne discute visiblement pas avec les membres des Forces canadiennes, qui savent trop bien que la capacité militaire du Canada est également à la baisse.
Il est vrai que les libéraux ont quitté le pouvoir en léguant au gouvernement Harper un vrai désastre sur le plan militaire. Ce qui n’est pas vrai, c’est que le gouvernement actuel a ressuscité l’armée. Il a plutôt fait courir les Forces canadiennes ventre à terre en Afghanistan, et il n’a pas pris le temps de former des nouveaux soldats et de reconstruire une institution qui épuise son personnel depuis des dizaines d’années.
Le principal problème, c’est l’argent : une analyse détaillée effectuée par le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense, et dont les résultats sont publiés dans deux rapports intitulés La priorité no 1 du gouvernement et Face aux turbulences, montre que les Forces canadiennes ont besoin de 90 000 personnes pour accomplir les tâches que les politiciens canadiens ne cessent de leur attribuer. Or , les Forces comptent présentement 64 000 employés. Vive l’épuisement.
En outre, de nombreux achats d’équipement essentiel n’ont même pas été planifiés pour les décennies à venir. Le budget de la défense représentait 2,01 pour cent du PIB sous le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau en 1970. Il était de 1,17 pour cent en 2008.
Jeudi dernier, tout le monde sur la Colline du Parlement était excité par la visite du président américain Barak Obama. Il n’y avait pas de désaccord apparent entre MM. Obama et Harper.
M. Obama a fait bien attention de mentionner qu’il n’avait pas demandé au Canada de maintenir sa présence militaire en Afghanistan au-delà de son retrait prévu en 2011, mais il a souligné que le pays pourrait jouer d’autres rôles importants en matière d’aide au développement et de diplomatie.
Au moins trois points méritent notre attention. Le premier est que le Canada ne serait même pas en mesure de maintenir sa présence militaire après 2011, même s’il le voulait puisque d’ici là, l’armée sera vidée du peu d’énergie qui lui reste.
Ensuite, si M. Obama compte sur le Canada pour la diplomatie et l’aide au développement, il ferait mieux de jeter un coup d’œil à l’effritement de nos capacités dans ces domaines au cours des dernières années.
Il doit également tenir compte du fait que les diplomates et les travailleurs humanitaires ne peuvent œuvrer en Afghanistan sans protection militaire, et que nous sommes presque à court dans ce secteur aussi.
M. Obama dit qu’il aime le Canada. Ce n’est pas surprenant, il y a beaucoup de choses à aimer du Canada. Mais aucune d’elles ne servira à M. Obama quand il aura besoin d’aide en temps de crise.
L’amour se traduit par des gestes, et non par des mots. Et pour l’instant, notre gouvernement n’a que de beaux mots à offrir.
(Colin Kenny était président du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense lors de la dernière législature. kennyco@sen.parl.gc.ca)