Ottawa Citizen - 22 avril 2009
Calgary Herald - 22 avril 2009
Windsor Star - 28 avril 2009
Par Colin Kenny
La tentative de piraterie aérienne lundi d’un avion de ligne CanJet en Jamaïque devrait nous rappeler que les aéroports canadiens ont leur lot de problèmes et que nous ne sommes pas à l’abri d’une tentative de détournement d’avion ou pire.
Même le premier ministre Stephen Harper a finalement admis être conscient du problème. Quand il a pris la parole après l’incident en Jamaïque, M. Harper a dit : « nous savons d’après notre propre expérience que les systèmes ne sont pas parfaits ».
Sans blague! Alors, comment se fait-il que j’ai dit aux trois derniers ministres des Transports du Canada que les systèmes de sécurité dans les aéroports canadiens sont loin d’être parfaits et que tous m’ont regardé comme si je tombais des nues?
Dans la personne de M. John Baird, le ministre actuel, il semble que nous ayons enfin quelqu’un qui se soucie du problème. Mais mon expérience me dit que M. Baird devra livrer un rude combat avec ses bureaucrates s’il veut vraiment remédier aux importantes lacunes qui existent dans la sécurité aux aéroports.
À première vue, le lien entre l’incident de Montego Bay et les aéroports canadiens peut ne pas sembler si évident. Des rapports préliminaires suggèrent qu’un jeune Jamaïcain « atteint de troubles mentaux », en possession d’une arme à feu, a réussi à défier la sécurité. La plupart des Canadiens tiennent probablement pour acquis qu’en Jamaïque, le contrôle des passagers est moins rigoureux qu’au Canada. Alors pourquoi s’inquiéter?
Je vais vous dire pourquoi, et le contrôle des passagers n’a pas grand-chose à faire dans ça. Bien sûr, j’aimerais que l’on fasse plus de tests en aveugle du système d’inspection, et que les résultats soient publiés, mais ce n’est pas ce qui me préoccupe le plus. Ma plus grande crainte est ce qui se passe dans les coulisses.
Dans la plupart des aéroports canadiens, les travailleurs côté piste peuvent aller et venir à leur guise dans les endroits sécurisés, à toute heure du jour et de la nuit. Il suffit de montrer leur passe biométrique.
Ces passes sont basées sur les empreintes digitales. Elles permettent d’identifier la personne, ce qui est un bon départ. Sauf que les passes biométriques en soi sont des clés puissantes qui ouvrent la porte à bien des abus.
Elles ne montrent pas ce que la personne transporte. Les fouilles d’employés côté piste sont aléatoires et rares. Transports Canada a avoué que seulement un travailleur sur 50 était fouillé. Un travailleur m’a confié ne pas avoir été fouillé depuis deux ans.
Pensez-y! Près de 100 000 personnes travaillent dans des aéroports canadiens. La vaste majorité d’entre eux sont des personnes honnêtes et saines d’esprit.
Mais elles ne le sont pas toutes. La GRC et la vérificatrice générale ont déclaré publiquement que le crime organisé pullule dans les aéroports canadiens.
Et puis il y a les personnes qui ont des troubles psychologiques. Nous sommes tous stressés et les cas de dépressions et autres maladies mentales sont monnaie courante dans la société canadienne en général. On ne peut s’attendre à ce que chaque personne à chaque aéroport soit en pleine possession de tous ses moyens en tout temps.
Tous les cinq ans, les dossiers des travailleurs font l’objet d’une vérification. Il est vrai que ces vérifications permettent de relever les condamnations au criminel mais elles ne sont pas exhaustives. De plus, il peut se passer bien des choses en cinq ans. Des unions se défont. La maladie et les problèmes financiers font surface. La pression monte. Des gens comme le jeune Jamaïcain peuvent tomber malade et poser des gestes qu’ils ne commettraient pas normalement.
Alors, depuis des années, le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense recommande que les travailleurs côté piste soient fouillés quand ils entrent et sortent de zones sécurisées – comme les passagers quand ils montent à bord d’un avion.
Comment se fait-il qu’à l’aéroport international Lester B. Pearson ¬– l’aéroport le plus achalandé du Canada – les travailleurs côté piste peuvent apporter tout ce qu’ils veulent dans le tarmac? Pourquoi peuvent-ils accéder à la zone des passagers sécurisés et se mêler à ceux qui sont sur le point d’embarquer et qui ont déjà été contrôlés? Le risque d’échange de marchandises de contrebande ou d’appareils dangereux est évident.
M. Baird peut-il ordonner que les employées côté piste soient fouillés chaque fois qu’ils entrent et sortent de zones sécurisées? Le ministre a à cœur la sécurité dans les aéroports. Il s’emploie à ce que la vérification des antécédents des travailleurs côté piste soit plus rigoureuse. Selon un rapport, les noms des employés seront bientôt soumis à dix bases de données policières avant que ces personnes puissent être affectées à des zones sécurisées. Non seulement la police vérifiera la présence de dossiers criminels, mais aussi toute association avec des criminels suspects ou des terroristes.
« C’est un grand pas en avant, aurait affirmé M. Baird, mais de toute évidence il faut faire davantage ».
Et il a raison. Or avant M. Baird, ni les autorités aéroportuaires ni Transports Canada n’ont semblé intéressés à instaurer des contrôles plus sévères pour les travailleurs aéroportuaires côté piste. Le principal mandat de Transports Canada a été de rendre les aéroports canadiens plus efficaces, et non plus sécuritaires.
Un contrôle rigoureux peut coûter temps et argent. Mais il arrive que les gens agissent bizarrement, comme ce fut le cas du jeune Jamaïcain. Parfois la voie du bon sens est de dépenser plus d’argent et d’être plus prudent.
Nous le faisons pour les passagers, majoritairement de bonnes personnes stables comme les travailleurs aéroportuaires côté piste. Majoritairement est le mot-clé.
[Colin Kenny est président du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense. Kennyco@sen.parl.gc.ca]