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L'aide étrangère canadienne: Un drôle de comportement à un drôle moment

11 février 2009 - The Chronicle-Herald
9 février 2009 - The Windsor Star
6 février 2009 - The Guelph Mercury
4 février 2009 - Toronto Sun


Par Colin Kenny


Une récession mondiale est en cours. Des Canadiens frappés par le chômage souffrent. Les populations des pays en développement souffrent davantage encore.

À un moment où l’Agence canadienne de développement international (ACDI) pourrait contribuer à l’atténuation de ces problèmes, celle-ci, en réalité, perd de son utilité pour notre économie et pour celles des pays étrangers.

L’aide étrangère canadienne favorise la stabilité du monde. Elle fait également participer les Canadiens à la direction de projets bien conçus visant à aider les pauvres du monde. Du moins, elle devrait faire participer les Canadiens.

Comment expliquer, alors, que l’Agence canadienne de développement international (ACDI) accroît la part des fonds acheminés outre-mer qui sont dépensés sans que compte ne soit rendu, au lieu de maintenir un système qui a fait ses preuves, qui consiste à demander à des spécialistes de l’aide basés au Canada de soumissionner des projets et de les gérer en rendant des comptes?

Pourquoi l’ACDI provoque-t-elle la disparition d’emplois de qualité à un moment où le gouvernement dépense de grosses sommes dans une tentative désespérée d’éviter de vastes pertes d’emplois?

Le processus traditionnel d’appel d’offres de l’ACDI pour les projets bilatéraux a été remplacé, dans une large mesure, par trois approches non concurrentielles :

·        le simple transfert de fonds vers les trésors d’autres pays (ce qui entraîne clairement un recul de la reddition de comptes)

·        l’affectation de fonds à des organismes multilatéraux (et là encore, la reddition de comptes en souffre)

·        l’attribution de contrats en sous-main à des fournisseurs uniques, à savoir des organismes canadiens de son choix (d’où découle nettement un affaiblissement de la concurrence, laquelle se traduit normalement par de meilleurs projets à moindre coût)

Entre 2004 et 2006, l’ACDI a tenu 30 appels d’offres concurrentiels portant sur des contrats d’aide bilatérale, chacun d’une valeur supérieure à 1 million de dollars. Au cours de la dernière année, seulement six contrats de ce type ont fait l’objet d’un appel d’offres.

Cela facilite de beaucoup la vie des bureaucrates de l’ACDI. Le processus d’appel d’offres de l’Agence était devenu tellement complexe que la mise en œuvre des projets sur le terrain tardait trop. Au lieu de remédier aux lacunes de son processus gauche d’appel d’offres– ce qui aurait demandé un peu de créativité et d’énergie –, l’ACDI a choisi la solution de la paresse : sabrer dans les appels d’offres concurrentiels.

L’ACDI peut faire valoir qu’il est plus efficace de verser tout simplement l’argent aux pays pauvres, mais quelle garantie l’Agence a-t-elle que l’argent ne se perdra pas dans les dédales de l’inefficacité et de la corruption si répandues dans le tiers monde?

Deux des pays qui figurant sur la liste des bénéficiaires prioritaires de l’aide de l’ACDI – l’Afghanistan et Haïti – se classent à un rang lamentable, 121e et 157e respectivement, sur 160 pays, sur une liste des pays les moins corrompus, d’après le site NationMaster.com (site Web qui recueille des données provenant de l’ONU et d’autres organismes internationaux).

Pourquoi l’ACDI déverse-t-elle tant d’argent sur des pays qu’elle ne peut jamais surveiller comme il convient? Et pourquoi un gouvernement conservateur, chantre si fervent de l’économie de libre marché, permet-il à l’ACDI d’abandonner la concurrence au profit des aumônes?

Le développement international est un domaine dans lequel le Canada doit sortir de sa torpeur, particulièrement à un moment où tant de pays pauvres subissent des chocs beaucoup plus rudes que les pays riches. Le Canada a consacré seulement 0,28 p. 100 de son PIB à l’aide au développement en 2007 – pourcentage infime en comparaison de l’objectif de 0,7 p. 100 fixé par l’ancien premier ministre Lester B. Pearson.

L’aide étrangère crée des emplois au Canada en rehaussant la stabilité internationale, ce qui permet d’accroître le commerce. Le Canada est un pays commerçant; la stabilité crée des emplois pour les Canadiens.

Le Canada doit affecter davantage de fonds à l’aide étrangère et il doit la dépenser plus intelligemment, de manière à ce qu’elle aide aussi bien les Canadiens que ses bénéficiaires à l’étranger.

La concurrence et la reddition de comptes sont des principes auxquels les conservateurs sont attachés. Mais l’aide étrangère ne retient guère l’attention au cabinet du premier ministre. Il se peut donc que personne n’ait remarqué qu’à l’ACDI, ces principes ont commencé à s’estomper.

Le sénateur Colin Kenny a été président du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense au cours de la dernière législature.

On peut communiquer avec lui par courriel à l’adresse kennyco@sen.parl.gc.ca