Le Toronto Star - 29 juin 2009
Par Colin Kenny
Je sais que je vais aller à contre–courant, mais je vais le dire quand même : Bravo à Janet Napolitano!
Je parle de la nouvelle secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis – celle qui veut renforcer les mesures de sécurité aux frontières canado–américaines, celle qui a répété publiquement la fausse accusation voulant que les terroristes du 11 septembre soient entrés aux États-Unis par le Canada.
C’était une déclaration stupide, mais elle a demandé pardon. Elle s’est excusée et souhaite qu’on passe à autre chose. Faisons cela.
Mme Napolitano a demandé que 700 nouveaux agents soient chargés de patrouiller les frontières canado–américaines. Nombre de ces agents exploiteront la nouvelle technologie américaine qui comprend notamment des détecteurs de rayonnement, des détecteurs au sol, des caméras de sécurité et des véhicules aériens sans pilote.
L’annonce de Mme Napolitano qu’elle affectait 700 nouveaux agents à la frontière canadienne a porté à leur paroxysme les sentiments d’anxiété et d’indignation au sein de certains journaux canadiens. Les gros titres ont critiqué violemment cette annonce, affirmant que cette mesure allait alourdir encore plus les postes frontaliers que leur bousillage des dernières années, et suggérant que Mme Napolitano nous traitait comme des dos mouillés (bien que le terme n’ait pas été employé).
Mon œil! J’affirme que Mme Napolitano a raison. Si le gouvernement actuel adoptait l’approche de Mme Napolitano et augmentait à la fois le personnel de sécurité entre les postes frontaliers ainsi que le nombre d’agents de sécurité à la frontière à ceux–ci, nous pourrions peut–être convaincre Washington que nous prenons au sérieux la sécurité à la frontière et les relations commerciales entre le Canada et les États–Unis. En agissant de la sorte, nous pourrions peut–être compter sur la coopération de nos voisins du Sud pour réduire les délais aux postes frontaliers.
Les lacunes actuelles au chapitre de la sécurité à la frontière donnent aux autorités américaines une excuse parfaite pour retarder le processus aux postes frontaliers. Le gouvernement canadien devrait faire tout son possible pour éliminer les excuses de ces retards.
Quelque 2 200 agents de la Garde côtière américaine patrouillent les eaux frontalières entre les deux pays et les États-Unis disposent d’un grand nombre d’autres types de personnel de sécurité. Le dernier dénombrement a établi que le Canada se fiait à 21 agents de la GRC pour patrouiller les eaux frontalières dans des bateaux non adaptés à leur travail ainsi qu’à un petit groupe central composé de 173 personnes qui travaillent avec les Américains au sein d’équipes intégrées de la police des frontières (EIPF).
Les EIPF sont un bel exemple des efforts déployés pour inciter les forces canadiennes et américaines à collaborer à des questions qui touchent le maintien de l’ordre à la frontière. Il s’agit d’une initiative formidable. De telles équipes augmentent les chances que les terroristes et les criminels qui essaient de franchir illégalement la frontière se fassent pincer. Plus elles travailleront efficacement, plus elles renforceront la confiance que chaque pays fait tout ce qu’il peut pour régler les problèmes de sécurité frontalière.
Malheureusement, certaines des activités potentielles des EIPF ont été freinées par des légalités juridictionnelles visant à déterminer quels agents au sein de ces équipes peuvent porter une arme et faire des arrestations sur quel territoire. Compte tenu des enjeux en cours, le Canada doit faire le petit effort supplémentaire pour conclure un arrangement raisonnable.
Le programme Shiprider – un projet pilote créé il y a deux ans dans le cadre duquel des agents armés du Canada et des États-Unis travaillaient en équipe à bord de bateaux qui patrouillaient les Grands Lacs – s’est avéré fort prometteur et sera une fois de plus mis en œuvre à la frontière entre la C.-B. et Washington durant les Jeux olympiques. Si les agents canadiens et américains peuvent trouver un moyen de travailler dans les eaux de façon conforme à la loi, il est certainement possible de trouver des façons de permettre aux EIPF de travailler harmonieusement dans leur territoire respectif.
Aux postes frontaliers, c’est du moins une bonne chose que nombre des douaniers canadiens soient maintenant armés. Les dernières statistiques fournies au Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense en 2007 (avant que les douaniers soient autorisés à porter une arme) ont révélé qu’en six mois, 459 véhicules ont franchi illégalement la frontière vers le Canada, et que près de la moitié n’ont jamais été appréhendés. Il n’est pas surprenant qu’il y ait un si grand nombre d’armes de poing dans les rues des villes canadiennes!
Notre comité a fait valoir depuis déjà plusieurs années que le Canada devait accroître le nombre de patrouilles de la GRC entre les postes frontaliers ainsi que le nombre d’agents de sécurité à la frontière travaillant à ces postes. Le dernier rapport du Comité sur cette question a estimé que l’Agence des services frontaliers du Canada – qui veille sur 1 200 postes frontaliers et autres points d’entrée au Canada – a besoin d’embaucher 2 300 employés supplémentaires.
Ils en ont besoin pour faire fonctionner les machines électroniques d’inspection des marchandises qui devraient être utilisées 24 heures par jour dans un plus grand nombre d’emplacements, pour mettre fin à l’utilisation comme gardes-frontières de remplaçants d’été qui manquent de formation et pour fournir des renforts aux agents qui sont en formation au tir.
Jusqu’à présent, le gouvernement en place s’est seulement engagé à embaucher de nouveaux agents de douane pour combler une lacune particulièrement flagrante – beaucoup des petits postes frontaliers n’avaient qu’un seul employé en place du côté canadien, ce qui posait une menace à la sécurité des agents et à celle de notre pays. Faire en sorte que chaque poste frontalier ait au moins deux agents améliorera la situation sur ces deux fronts.
Le gouvernement fédéral actuel se targue d’être favorable aux échanges commerciaux et de lutter vigoureusement contre la criminalité. Il est incontestable que les Américains veulent utiliser leurs frontières pour prévenir le terrorisme et réprimer la criminalité. Si le gouvernement fédéral refuse de joindre la bande, les Canadiens peuvent s’attendre à des délais encore plus longs à la frontière et à une détérioration accrue de notre accès aux marchés américains.
[Colin Kenny est président du Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense. kennyco@sen.parl.gc.ca]